Cet automne, la jeune créatrice d’origine tunisienne Camélia Barbachi révèle la première collection de vêtements de sa marque Chez Nous. Inspirée par l’île de Djerba en Tunisie, elle met notamment à l’honneur la Blouza Djerba, un vêtement traditionnel revisité, fluide et élégant, à mi-chemin entre la djellaba et la chemise.

Conçue dans une démarche éthique et consciente, Chez Nous. est une marque non-genrée, qui célèbre la pluralité des corps et à travers laquelle chacun peut s’identifier.

Rencontre avec une jeune artiste engagée qui puise son inspiration à travers son héritage tunisien !

  • Salut Camélia ! Raconte-nous tout d’abord ton parcours ! 

Bonjour ! Je m’appelle Camélia, je suis née à Roubaix dans le Nord et je suis d’origine tunisienne. J’ai commencé mes études supérieures par une Licence en Commerce International puis j’ai poursuivi un MBA entre les Pays-Bas et l’Angleterre. J’ai rédigé ma thèse de MBA sur la sensibilisation à la mode éthique, et en parallèle je travaillais au siège du groupe Asics à Amsterdam au département Produit. 

J’ai toujours voulu monter ma propre marque de vêtements et après avoir passé plus de 6 mois à étudier les conséquences néfastes de la fast-fashion, j’ai eu le déclic ! C’est comme ça que j’ai décidé de fonder Chez Nous. il y a plus d’un an maintenant.

  • Pourquoi ta marque s’appelle-t-elle “Chez nous.” ?

Les “chez nous là-bas”, c’est le surnom qu’on donne aux bi-nationaux en Tunisie. 

Quand on va en vacances dans notre pays d’origine, on réfère à la France en disant “chez nous là-bas”. J’ai trouvé que cette expression illustrait bien le sentiment qu’on peut avoir quand on a une double culture et j’ai voulu célébrer cette pluralité. “Chez Nous.”, ça reflète aussi la dimension inclusive de la marque. Je crois qu’il y a quelque chose de fédérateur dans le fait que des personnes différentes puissent faire référence à la même chose en disant “Chez Nous.”.

  • Tu sors ta première collection en octobre. Quelles ont été tes inspirations principales ?

Pour cette première collection, je me suis principalement inspirée du mode de vie sur l’Île de Djerba dont mes grands-parents maternels sont originaires. La pièce phare de la collection est directement inspirée du vêtement traditionnel de l’Île porté par les hommes. J’ai toujours trouvé ce vêtement intéressant car il est à mi-chemin entre la djellaba et la chemise. J’ai donc voulu garder cette association de confort et d’élégance pour en faire une sur-chemise non-genrée qui s’inscrit dans un univers plus urbain.

  • Quel processus as-tu traversé quant au choix des coupes de tes vêtements ?

Lors de mon processus créatif, j’ai vraiment voulu mixer des références diverses. J’ai voulu retranscrire les notions de confort et d’élégance qu’on retrouve sur les vêtements traditionnels tunisiens tout en proposant quelque chose de très contemporain. On retrouve donc, dans cette collection, des silhouettes oversize et structurées à la fois.

  • L’inclusivité semble être au cœur de ton initiative. Peux-tu nous en dire plus ? Quelles valeurs souhaites-tu véhiculer à travers ta marque et tes vêtements ?

En effet, il était important pour moi de mettre en lumière les minorités, souvent invisibilisées dans l’industrie de la mode. En tant que personne issue de l’immigration, je ne me suis jamais vraiment sentie représentée donc j’ai voulu créer un changement en ce sens. 

De même, j’ai pensé les vêtements pour qu’ils conviennent à toutes les corpulences : les tailles vont donc du XXS au XXXL

Ma volonté, à travers ces initiatives, c’est de proposer une offre à travers laquelle chacun peut s’identifier.

  • Tes créations sont également non-genrées. Pourquoi cette démarche ?

Cela a été un choix très naturel pour moi, je ne vois simplement pas pourquoi certains vêtements auraient des restrictions de genre alors qu’ils pourraient convenir au plus grand nombre. Je dois tout de même avouer que nous avons dû investir de nombreuses semaines sur le modélisme des différentes pièces mais c’est un choix que j’assume pleinement.

  • Où et comment sont confectionnées les pièces de ta collection ?

Les pièces Chez Nous. voient le jour entre le Nord de la France et la Tunisie. 

En France, je collabore avec un atelier de tricot zéro-déchet à Roubaix (où je suis née) ainsi qu’un atelier d’insertion professionnelle à Lesquin. L’atelier permet à des personnes relevant des dispositifs d’insertion (chômeurs de longue durée, bénéficiaires des minimas sociaux, personnes sans ressources, décrocheurs scolaires, seniors en difficultés de reconversion…) de retrouver leur place dans la société à travers la remise à l’emploi dans les conditions réelles du marché. 

En Tunisie, je collabore avec un atelier certifié GOTS (certification la plus stricte de l’industrie) situé à Ksar Hellal. La certification garantit des conditions de travail et un salaire justes, mais également le respect de l’environnement à travers des pratiques vertueuses.

Une pièce préférée parmi ta collection ?

Evidemment, je les aime toutes mais la Blouza Djerba est vraiment devenue mon indispensable, elle se prête à toutes les occasions !


DANS L’ESPRIT DE CAMÉLIA BARBACHI

Des œuvres, des idées et des mots qui inspirent

Un film ? Tate Taylor, La couleur des sentiments (The Help)

Un livre ? Hella Feki, Noces de jasmin

Un tableau – un.e artiste ? Karim Jabbari

Une chanson ? Al Green, Let’s Stay Together

Un plat ? Mloukhya

Un mot ? Eclectique 

Un lieu ? La cour de mes grands-parents à Djerba

Un instrument ? La voix

Pour suivre Camélia et sa marque Chez Nous. :

Instagram

Lien vers la campagne de crowdfunding